Se permettre d'être une loque humaine

Je n’ai pas une vie facile. Pourtant, je suis perçue par mon entourage comme une championne du positivisme; on me dit souvent que je suis un vrai petit soleil.

Il arrive tout de même que le «soleil» menace de s’éteindre sous les déluges de la vie. Il y a des moments comme ça, où on n’en peut juste plus. Trop, c’est trop ! Trouver le côté positif d’une situation ou un plan B nous semble impossible. Ça m’arrive de temps en temps. Et qu’est-ce que je fais dans ces moments-là, croyez-vous ? Eh bien, je vais vous surprendre : je me permets d’aller mal, aussi mal que je peux !

Je détermine un moment, une durée, que je respecte. Et là, je descends mentalement dans le fond du gouffre. Je me permets d’être aussi angoissée, désespérée, enragée, défaitiste et négative que je peux l’être. En général, ce processus s’étend sur une soirée, une demi-journée ou une journée entière. Je rage, je pleure, je tape dans les coussins, je crie, je refuse de manger ou je m'empiffre, je reste en pyjama ou je mets mes pires vieilleries défraîchies. Démoralisée, décoiffée, les yeux rouges, je ne suis presque plus humaine; qu’une loque !

Négatif, me direz-vous ? Déprimant et ne rimant à rien ? Que non ! Car une fois cette étape passée, peu à peu, ce qu’il y a de fort en moi peut se remettre à s’exprimer, à briller. Réprimer sa détresse, sa rage, ne sert strictement à rien car ces émotions sont présentes, réelles, et finissent par étouffer la vie en nous. Elles sont là, qu'on les accepte ou pas. Pour les apaiser, il faut se permettre de les vivre.

Depuis que je me permets mon « moment loque humaine », ces passages à vide durent beaucoup moins longtemps. Et après, je trouve presque inévitablement un côté positif à ma situation ou je déniche un plan B lorsque c’est possible. Alors de temps en temps, oui, je me dis : « C’est aujourd’hui que je choisis d’aller mal. Demain, ça ira mieux ! »

Soleil, Canada , matin magique